Pourquoi les compléments alimentaires occupent aujourd'hui une place importante dans notre santé, et comment les choisir selon nos besoins.
Vitamines, minéraux, plantes, oméga-3, probiotiques, poudres, gélules, ampoules…
Les compléments alimentaires font désormais partie du quotidien de nombreuses personnes.
Mais sont-ils réellement utiles ? Une alimentation équilibrée suffit-elle toujours à couvrir nos besoins ? Et comment savoir quels compléments choisir ?
Dans ma pratique de naturopathe, je considère aujourd’hui la complémentation comme un outil presque indispensable pour entretenir son capital santé.
Cela ne signifie évidemment pas que tout le monde devrait prendre les mêmes compléments toute l’année. Bien au contraire.
Nos besoins évoluent avec notre alimentation, notre âge, notre mode de vie, notre activité physique et les différentes étapes de notre existence. Les saisons peuvent également nous amener à porter davantage notre attention sur certains besoins.
La complémentation prend donc tout son sens lorsqu’elle est ciblée, personnalisée et intégrée à une bonne hygiène de vie.
Mais avant de comprendre son intérêt, revenons quelques instants sur son histoire.
Des plantes ancestrales aux compléments alimentaires modernes
L’être humain n’a pas attendu l’apparition des gélules pour utiliser les ressources de la nature.
Depuis des millénaires, différentes civilisations utilisent les plantes et certains aliments pour leurs propriétés nutritionnelles ou leurs usages traditionnels.
Ces connaissances se sont transmises et enrichies au fil des siècles. Au Moyen Âge, les monastères européens deviennent notamment d’importants lieux de connaissance autour des plantes. Mais un véritable tournant se produit à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle.
Les scientifiques découvrent progressivement que notre alimentation contient des substances indispensables au fonctionnement de notre organisme. L’étude de maladies liées à des carences nutritionnelles permet de mieux comprendre leur importance.
Le scorbut est ainsi associé à un manque de vitamine C. Le béribéri est lié à une carence en vitamine B1. Le rachitisme peut notamment apparaître lors d’une carence sévère en vitamine D chez l’enfant. En 1912, le biochimiste Casimir Funk introduit le terme « vitamine ».
Au cours des décennies suivantes, de nombreux micronutriments sont progressivement identifiés.
Ces découvertes vont profondément transformer notre compréhension de la nutrition.
Nous comprenons alors qu’une quantité parfois infime d’une substance peut être indispensable au fonctionnement normal de notre organisme. C’est ainsi que se développe progressivement la complémentation nutritionnelle moderne.
Qu’est-ce réellement qu’un complément alimentaire ?
La réglementation européenne donne une définition précise. Les compléments alimentaires sont des denrées destinées à compléter l’alimentation normale. Ils constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique.
Un complément alimentaire n’est donc pas un médicament. Il n’a pas vocation à diagnostiquer, prévenir, traiter ou guérir une maladie. Il vient compléter l’alimentation et apporter de manière concentrée certaines substances.
Que peut contenir un complément alimentaire ?
Le monde de la complémentation est très vaste. On retrouve notamment :
- des vitamines : C, D, E, vitamines du groupe B…
- des minéraux et oligo-éléments : magnésium, zinc, fer, sélénium, iode…
- des plantes et extraits de plantes ;
- des acides gras, notamment les oméga-3 ;
- des acides aminés ;
- des fibres ;
- des levures ;
- différentes souches de micro-organismes.
Tous ces produits n’ont évidemment pas la même fonction. Une vitamine D, un extrait de plante et une huile riche en oméga-3 sont trois compléments très différents.
Gélules, ampoules, poudres… pourquoi autant de formes ?
La forme finale dépend de l’ingrédient et de l’utilisation recherchée. Un complément peut être proposé sous forme de gélule, capsule, comprimé, poudre, stick, ampoule, solution liquide ou spray.
Les méthodes de fabrication sont également diverses. Une plante peut être séchée puis réduite en poudre. On peut aussi réaliser une extraction à l’eau ou à l’alcool afin de récupérer certains de ses constituants. Certaines huiles sont obtenues par pression. D’autres substances peuvent provenir de procédés de fermentation ou de synthèse.
La qualité d’un complément ne dépend donc pas uniquement de ce qui est écrit en gros sur son emballage. La matière première, sa provenance, le procédé de fabrication, la forme utilisée et la quantité réellement apportée ont également leur importance.
Pourquoi la complémentation a-t-elle aujourd’hui autant d’intérêt ?
C’est probablement la question essentielle.
On entend souvent deux discours totalement opposés. Pour certains, tout le monde devrait prendre de nombreux compléments. Pour d’autres, une alimentation équilibrée permet forcément de couvrir tous nos besoins. La réalité est plus nuancée.
Notre alimentation reste notre première source de nutriments
Il faut commencer par rappeler une chose essentielle : aucun complément alimentaire ne remplace une alimentation de qualité.
Une orange n’apporte pas uniquement de la vitamine C. Elle contient également de l’eau, des fibres, du potassium, des folates et de nombreux composés végétaux. Un poisson gras ne se résume pas à ses oméga-3. Une noix ne se résume pas à son magnésium.
L’aliment dans son ensemble reste donc irremplaçable. Mais cela ne signifie pas que chaque personne couvre systématiquement tous ses besoins nutritionnels.
Certains apports insuffisants existent réellement
Même dans nos sociétés où la nourriture est abondante, certaines insuffisances nutritionnelles persistent.
La vitamine D constitue un exemple particulièrement intéressant. Notre statut en vitamine D dépend de l’alimentation, mais surtout de notre exposition au soleil. La saison, l’âge, la pigmentation de la peau et notre mode de vie entrent également en jeu.
Les autorités sanitaires portent aussi une attention particulière à certains nutriments selon les populations et les situations. C’est notamment le cas du fer, de l’iode, de la vitamine B9 ou de la vitamine B12. Une personne peut donc avoir une alimentation qui semble équilibrée et présenter malgré tout un besoin particulier.
Nos aliments ont-ils perdu de leur richesse nutritionnelle ?
Notre alimentation a profondément changé au fil des décennies. Les méthodes agricoles, la sélection des variétés, les conditions de culture et les circuits de distribution ont évolué. Ces transformations ne sont pas sans conséquences sur la qualité de nos aliments.
La santé des sols constitue notamment un véritable enjeu. Selon la Commission européenne, environ 60 à 70 % des sols de l’Union européenne présentent un état de santé dégradé. Érosion, diminution de la matière organique, perte de biodiversité et pollutions figurent parmi les problèmes identifiés.
Or, la qualité des sols joue un rôle essentiel dans la croissance des végétaux et leur composition nutritionnelle. Une étude publiée en 2004, portant sur 43 cultures entre 1950 et 1999, a notamment mis en évidence une diminution de certains nutriments, dont le calcium, le fer et la vitamine C. La sélection de variétés privilégiant les rendements agricoles pourrait expliquer une partie de ces évolutions.
L’agriculture biologique mérite également notre attention. Des études ont observé, en moyenne, des concentrations plus élevées de certains antioxydants et une présence moins fréquente de résidus de pesticides dans les végétaux issus de l’agriculture biologique. Ces résultats soulignent l’importance de nos modes de production.
Bien entendu, nos fruits et légumes restent indispensables à une alimentation équilibrée. Ils apportent des fibres, des vitamines, des minéraux et de nombreux composés végétaux.
Pour autant, je suis convaincue que l’évolution de notre alimentation et de nos modes de production nous invite à être davantage attentifs à la couverture de nos besoins nutritionnels.
C’est aussi dans cette réflexion que la complémentation alimentaire trouve, selon moi, toute sa place. Non pas pour remplacer les aliments, mais pour apporter un soutien ciblé lorsque l’alimentation ne suffit pas à couvrir certains besoins.
Des besoins qui évoluent au cours de la vie… et des saisons
C’est ici, selon moi, que la complémentation prend tout son sens.
Nous n’avons pas les mêmes besoins à 20 ans, à 50 ans ou à 75 ans. Une femme enceinte n’a pas exactement les mêmes besoins qu’une femme ménopausée. Une personne végétalienne n’a pas les mêmes points de vigilance qu’une personne consommant des produits animaux. Une personne très sportive peut également avoir des besoins différents d’une personne sédentaire.
À certaines étapes de la vie
La grossesse constitue un exemple particulièrement clair.
Une supplémentation en vitamine B9 est recommandée autour de la conception et au début de la grossesse afin de réduire le risque de certaines anomalies du développement embryonnaire.
Dans une alimentation végétalienne, une supplémentation en vitamine B12 est nécessaire.
Avec l’âge, l’alimentation, l’appétit, l’exposition au soleil ou l’absorption de certains nutriments peuvent également évoluer.
La ménopause représente elle aussi une période de transition où l’alimentation et l’hygiène de vie prennent une importance particulière, notamment pour préserver le capital osseux et cardiovasculaire.
Les périodes de stress important, de fatigue ou d’activité physique intense peuvent également conduire à s’interroger sur la qualité de l’alimentation et la couverture des besoins nutritionnels.
La complémentation ne devrait donc jamais être automatique. Elle doit répondre à une personne, un besoin et un moment précis.
Au printemps : accompagner le changement de saison
Le printemps est traditionnellement associé en naturopathie aux cures dites de « détox ».
Notre foie, nos reins, nos poumons et notre système digestif participent naturellement et continuellement aux processus d’élimination de l’organisme. Une cure de printemps ne vient donc pas « nettoyer » miraculeusement un organisme rempli de toxines.
Dans ma pratique, je vois plutôt cette période comme l’occasion de retrouver une alimentation plus légère et plus végétale, de reprendre une activité physique régulière et de veiller à une bonne hydratation.
Selon les besoins de la personne, certaines plantes peuvent également être utilisées traditionnellement pour accompagner le confort digestif et les fonctions d’élimination.
En été : penser à la circulation
La chaleur peut être particulièrement inconfortable pour les personnes sujettes aux jambes lourdes ou aux problèmes de circulation veineuse. L’été peut donc être une période intéressante pour porter davantage attention à la circulation sanguine et au confort des jambes.
L’activité physique, la marche, une bonne hydratation et le fait d’éviter une immobilité prolongée restent essentiels. Certaines plantes ou certains nutriments peuvent également trouver leur place dans une approche complémentaire.
À l’automne : préparer l’organisme à l’hiver
L’automne marque un changement important de rythme. Les journées raccourcissent, l’exposition au soleil diminue et nous passons généralement davantage de temps à l’intérieur.
C’est une période intéressante pour faire le point sur son alimentation, son sommeil et son niveau de fatigue. Selon les besoins individuels, il peut également être pertinent de s’intéresser à certains micronutriments, notamment à la vitamine D.
En hiver : soutenir le fonctionnement normal de l’immunité
L’hiver nous expose davantage à certaines infections respiratoires saisonnières. C’est naturellement une période pendant laquelle nous pensons davantage à notre système immunitaire.
Là encore, la base reste l’hygiène de vie. Une alimentation variée, suffisamment de sommeil, une activité physique régulière et la gestion du stress participent à l’équilibre général.
Certains micronutriments jouent également un rôle reconnu dans le fonctionnement normal du système immunitaire. C’est notamment le cas de la vitamine C, de la vitamine D, du zinc et du sélénium.
Bien choisir plutôt que multiplier les compléments
Les rayons consacrés aux compléments alimentaires sont aujourd’hui immenses. Face à cette offre, il est facile de se retrouver avec plusieurs flacons sans réellement savoir pourquoi on les prend.
Pour moi, la bonne complémentation n’est pas celle qui contient le plus de produits. C’est celle qui est la plus adaptée à la personne.
Deux compléments affichant le même ingrédient peuvent être très différents. Une même vitamine ou un même minéral peut exister sous différentes formes.
Pour une plante, il faut également regarder la partie utilisée, le type d’extrait et sa concentration lorsqu’elle est pertinente. La provenance des matières premières, la qualité de fabrication et les quantités apportées doivent aussi être prises en compte.
Plus n’est pas forcément mieux
Un autre principe est essentiel : augmenter les doses n’améliore pas nécessairement les résultats. Une substance utile à l’organisme peut devenir problématique lorsqu’elle est consommée en excès.
Les plantes méritent la même vigilance. « Naturel » ne signifie pas « sans risque ». Certaines plantes peuvent présenter des contre-indications ou interagir avec des médicaments.
Il est également facile de cumuler plusieurs produits contenant le même nutriment sans s’en rendre compte.
La complémentation doit donc rester raisonnée et encadrée, particulièrement chez les personnes qui suivent un traitement ou présentent une pathologie. La grossesse, l’allaitement et l’enfance nécessitent également des précautions particulières.
Dans ces situations, se faire accompagner par un professionnel qualifié permet de mieux identifier ses besoins et d’envisager une complémentation adaptée à sa situation.
La complémentation : un outil devenu essentiel dans ma pratique
Dans ma pratique de naturopathe, je considère aujourd’hui la complémentation comme un outil presque indispensable pour entretenir son capital santé.
Cette conviction ne signifie pas que je conseille à tout le monde de prendre les mêmes vitamines ou les mêmes plantes. Je crois à une complémentation personnalisée, ciblée et évolutive.
Nos besoins changent avec notre alimentation, notre âge et notre activité physique. Ils évoluent aussi avec les périodes de stress, les étapes de la vie et parfois les saisons. C’est pourquoi je commence toujours par m’intéresser à la personne dans sa globalité. Comment mange-t-elle ? Comment dort-elle ? Quelle est son activité physique ? Traverse-t-elle une période de vie particulière ? Quels sont ses traitements ? Quels sont ses besoins ?
Lorsque cela est nécessaire, certaines analyses biologiques prescrites par un professionnel de santé permettent également d’objectiver une carence ou une insuffisance.
Ce n’est qu’ensuite que l’on peut déterminer si une complémentation présente un réel intérêt.
Les compléments alimentaires ne remplacent jamais une bonne alimentation et une bonne hygiène de vie. Ils viennent les compléter. Ils ne sont ni une solution miracle, ni une réponse identique pour tout le monde.
Bien choisis et correctement utilisés, ils représentent selon moi une aide précieuse pour accompagner l’organisme, répondre à certains besoins et entretenir son capital santé au fil de la vie.
